Améliorer les résultats butyriques : un Cluedo agricole !

Améliorer les résultats butyriques : un Cluedo agricole !

Les spores butyriques sont parfois à l’origine d’un manque à gagner important. Les éleveurs du Gaec Beviere, dans le Nord, le savent bien. Le calcul de la Marge Brute 2021-2022 a en effet mis en évidence une perte de 9 000 euros, soit 3,50 €/1 000 litres, due à une moyenne butyrique de 2930 spores par litre avec des résultats supérieurs à 1 000 toute l’année (seuil à partir duquel les pénalités commencent). Les éleveurs ont donc fait appel à un conseiller spécialisé Qualité du lait d’Avenir Conseil Elevage afin d’expertiser la situation et trouver des solutions d’amélioration.

Les spores butyriques sont des bactéries présentes dans le sol qui se développent en milieu anaérobie, avec de la chaleur et un pH supérieur à 4,5. Par conséquent, selon les conditions de récolte et de conservation, elles sont plus ou moins présentes dans les fourrages fermentés tels que les ensilages, les enrubannés, les pulpes surpressées mais ne se retrouvent pas dans les betteraves fourragères. Néanmoins, il ne faudrait pas dépasser le seuil de 400 spores par gramme de fourrage ou de ration à l’auge. En effet, en ingérant les spores, les vaches leur offrent des conditions de multiplication favorables dans le rumen. La concentration peut alors croitre jusqu’à un facteur 10. Ensuite, les spores sont excrétées par les bouses dans le milieu extérieur et jusque dans le tank selon le niveau de propreté des animaux et le soin apporté à l’hygiène globale pendant la traite. Dans tous les cas, des spores vont ensuite se retrouver dans les prairies via l’épandage de lisier ou directement au pâturage. Cela clôt le cycle de développement des butyriques.

En apprendre plus sur les « suspects »

Afin de contextualiser la situation de départ, l’équipe Qualité du lait d’ACE a réalisé des analyses de spores butyriques. Tous les 2 jours et pendant 3 semaines, des prises d’échantillons ont été réalisées dans les fourrages, les rations, les bouses et le lait.

Ainsi les analyses mettent en évidence une présence moyenne dans la ration de 7 500 spores par gramme, soit très largement au-dessus des 400 spores du seuil d’alerte. Cela avec de grandes variations : de 240 spores par gramme valeur minimale à 46 000 spores/g au maximum. Le niveau important de contamination en spores provoque ces grandes variations. Ce phénomène est comparable à des situations courantes dans lesquelles le niveau cellulaire élevé du tank varie d’un ramassage à l’autre. Cela signifie que la proportion d’animaux sains est trop faible pour stabiliser la situation.

Dans les bouses, la moyenne des analyses se situe à 25 000 spores/g alors que l’objectif est de ne pas dépasser 10 000 spores/g.

Enfin, lors de la traite, des analyses ont été effectuées sur les trayons avant et après nettoyage dans les deux systèmes de traite afin de mesurer l’efficacité de la préparation. Les robots Lely A5 effectuent un double brossage sur les trayons tandis qu’en salle de traite, le nettoyage est réalisé avec un papier par vache. Pour les 2 systèmes, le nettoyage permet une réduction de l’ordre de 80% du nombre de spores butyriques, mais il reste toujours au-dessus des 1 000 spores par litre.

L’étau se resserre…

Même si les pratiques d’hygiène de traite sont efficaces, le niveau de spores dans le tank demeure un problème. Elles ne suffisent pas à contrer les niveaux de contamination de la ration et des bouses. A ce stade de l’expertise, l’attention se porte donc sur les conditions de logement et la ration des vaches laitières.

Malgré le raclage régulier des couloirs de circulation, le logement est un point critique. Le nombre de logettes n’est pas suffisant dans le bâtiment des robots de traite, il doit d’ailleurs être agrandit afin d’accueillir 200 vaches.

A l’auge, les éleveurs retirent les refus quotidiennement et la ration est régulièrement repoussée. L’avancement des silos de maïs ensilage et de pulpes surpressées dépasse 20 cm/jour, vitesse recommandée en été sur tout le front d’attaque. Les parties altérées ne sont pas distribuées aux vaches et il y a peu d’éboulis aux abords des silos. Cependant, la hauteur du tas d’ensilage de maïs dépasse de 3 mètres celle des parois en béton du silo. Cette partie supérieure s’échauffe davantage. Les relevés de températures affichent 5°C d’écart par rapport à la température extérieure.

Pour autant, les analyses des échantillons prélevés dans cette zone supérieure du tas ne révèlent pas une présence de butyriques élevée. Les analyses de la partie basse du tas sont, elles aussi, inférieures à 100 spores par gramme de fourrage, tout comme celles des pulpes surpressées et de l’ensilage de maïs épi.

« Elémenterre »

En revanche, l’ensilage d’herbe atteint un niveau de concentration de spores important : 10 000 spores/g. Le stockage sur un autre site d’exploitation contraint les éleveurs à le transporter dans une benne une fois par semaine. Cette pratique entraine un échauffement du fourrage qui explique certainement en partie le taux élevé de butyriques. Le plus ennuyeux, et plus certainement l’origine du problème, est mis en évidence par une analyse physico-chimique. Le taux de cendre de l’ensilage est de 9% et dépasse les 8% recommandés. Cet indicateur permet d’alerter sur la possible présence de terre et donc potentiellement de spores butyriques. Suite à ce constat, les éleveurs ont immédiatement changé de silo d’herbe et réservé celui-ci aux génisses. Rapidement, les résultats butyriques sont descendus en dessous des 1000 spores/l.

De la récolte des fourrages à la traite, la lutte contre les spores butyriques nécessite une revue en détail de la conduite du troupeau. L’exemple du Gaec Beviere montre qu’avec des actions ciblées, il est possible de rompre le cycle avec des effets vertueux sur le prix du lait et la valorisation des fourrages. Il montre aussi que la vigilance doit être permanente. En effet, après l’agrandissement du bâtiment, les résultats butyriques viennent de grimper à 2000 spores par litre, des analyses complémentaires sont en cours…