Elevage des veaux : « J’avais un peu baissé les bras ! »

Elevage des veaux : « J’avais un peu baissé les bras ! »

« Depuis que je suis installé, l’élevage des veaux avait toujours été un échec », explique en toute franchise Alexandre Lucien, associé avec son père depuis 2015 à Armentières dans l’Oise. Pour tenter de comprendre son constat, il faut détailler quelques éléments de conduite technique de l’élevage du Gaec de la Vieille rue.

Le GAEC de la Vieille Rue à Lachapelle-aux-Pots

  • 2 associés (Alexandre et son père) et 3 salariés pour la fromagerie
  • 425 000 l de lait produits dont 200 000 l transformés en fromages et yaourts
  • 60 vaches laitières montbéliardes
  • 125 ha (105 ha pour nourrir le troupeau : prairies permanentes et temporaires, orge, maïs grain, luzerne)
  • Conduite de la reproduction : vêlages toute l’année pour lisser la charge de travail, 100% IA, semences sexées sur les génisses, 391 jours d’IVV, 61.5% de réussite à l’IA1 (1,6 IA/VL), échographie tous les mois à 35 jours après l’IA afin de faire un allotement régulier des génisses selon leur statut (pleine/vide) et faciliter le suivi de la reproduction.

Un des objectifs poursuivi par Alexandre consiste à produire du lait, et même des produits laitiers, avec un minimum d’achats. Le Pays de Bray n’étant pas reconnu pour son potentiel cultural mais plutôt pour son bocage, l’éleveur réduit les surfaces cultivées et réimplante des prairies. Ensilage d’herbe, foin de luzerne, maïs grain, orge, féverole… désormais, sur les 125 hectares de l’exploitation une bonne centaine sert à l’alimentation du troupeau.

Même en période de pâturage, les vaches ont accès à une ration à base d’ensilage d’herbe et de céréales (80% maïs grain et 20% orge). En complément, le concentré de production fermier est distribué au DAC selon les résultats individuels de production. Il est produit à partir de maïs grain, d’orge, de féverole toastée et d’un peu de mélange soja-colza, un des rares aliments achetés. Une fois mélangé, l’aliment atteint 21% de MAT.

Le sevrage en question…

Pour les génisses, la phase lactée n’a jamais présenté de problème. Après 7 jours de colostrum, les veaux sont alimentés au lait entier. L’objectif est de distribuer au maximum 6 litres par jour en 2 buvées jusqu’à l’âge de 3 mois environ. Pendant cette période, les veaux sont logés en igloos collectifs à l’extérieur devant le bâtiment d’élevage de l’exploitation. Ils ont à leur disposition du foin et de la paille mélangés à du maïs grain broyé avec du soja. « A partir du sevrage, l’état des génisses se dégradait, elles mangeaient du foin mais la croissance n’y était pas », explique Alexandre. Malgré ses efforts, il avait fini par se faire une raison. « On m’expliquait qu’il fallait acheter un aliment spécifique pour avoir de beaux veaux, pour moi c’était un vrai frein. »

Un déclic inattendu

Quand il intègre un groupe d’éleveurs, dans le but de réduire l’empreinte carbone de la production laitière, initié par la chambre d’agriculture de l’Oise et Avenir Conseil Elevage, il ne s’attend pas à évoquer l’élevage des veaux comme levier d’action. Pourtant, réduire l’âge au vêlage participe effectivement à la diminution des émissions de Gaz à Effet de Serre. Les animaux sont plus rapidement productifs et ont davantage de chances de faire une longue carrière. La démarche « Bas carbone » s’engage et Léa Bruyer et Olivier Lebleu, tous deux conseillers spécialisés génisses à ACE, établissent avec Alexandre les bases d’une nouvelle conduite des veaux.

Pour commencer, ils élaborent ensemble la recette d’un aliment sec, plus adapté aux génisses, en utilisant les ingrédients disponibles. Le concentré de production des vaches peut servir de base. Pour diluer un peu la matière azotée, ils y ajoutent un peu de mélange maïs grain et orge, de la paille pour le volume et un peu de mélasse pour « agglomérer » l’aliment, seule entorse à la consigne d’autonomie. « Au départ nous avions prévu du foin de luzerne à la place de la paille, mais la qualité est moins régulière et le transit des génisses pouvait être perturbé, finalement les résultats sont très satisfaisants avec de la paille ». Alexandre met à disposition des veaux cet aliment sec dès leurs 15 jours, en augmentant rapidement les quantités afin d’en faire la base de l’alimentation des génisses de moins d’un an.

L’avis de Léa Bruyer,
conseillère génisses d’Avenir Conseil Élevage

« Il fallait trouver un moyen efficace d’alimenter les génisses avec les productions de la ferme, ce qui revenait à élaborer une recette de mash fermier adaptée. Avec Alexandre, nous avons cherché à obtenir un aliment équilibré et assez azoté pour ne pas pénaliser la croissance musculaire et squelettique des veaux. Au final, le mélange est équilibré et suffisamment fibreux pour être « prêt à l’emploi » et limiter le risque d’acidose. La fibrosité favorise aussi le développement de la capacité d’ingestion. Le mash obtenu simplifie le travail, il est apporté à volonté jusqu’à l’âge de 6 mois et c’est un gain de temps pour Alexandre. »

Un sevrage en douceur

Ensuite, l’éleveur et les conseillers revoient la méthode de sevrage. « Auparavant, les génisses étaient sevrées en 3 à 4 jours, c’était certainement trop brutal. En plus, à la fin du sevrage, je les écornais et elles intégraient le lot de génisses à l’intérieur du bâtiment. Le tout occasionnait certainement beaucoup de stress. » Désormais, l’écornage est réalisé juste avant le début du sevrage qui est un peu plus précoce (2,5 mois) et beaucoup plus progressif (en 2 semaines). L’allotement a été revu afin d’obtenir des lots plus homogènes. En complément, lorsqu’elles intègrent le bâtiment, Alexandre leur tond le dos afin de limiter la transpiration.

Les génisses élevées avec les modifications apportées depuis un an et demi, ont été inséminées au printemps 2024 avec une sacrée longueur d’avance par rapport au planning habituel ! « Je ne pensais pas avoir de si beaux résultats, je devrais même pouvoir faire l’économie d’un lot de génisses d’ici quelques années. » En effet, l’âge au vêlage des génisses était jusqu’à présent de 37 mois sans grande variation d’année en année. Il est aujourd’hui envisageable de gagner environ 10 mois. Au-delà des économies de gaz à effet de serre que cela représente, Alexandre y voit des économies de bâtiment. « J’avais commencé à étudier la construction d’un bâtiment pour les veaux. En réduisant le nombre de génisses, je n’ai plus de problème de place sous le bâtiment actuel. »